Les hommes passés

Vous entrez dans ma vie, comme ça, dans un tourbillon. Vous me faites virevolter, une nuit, trois jours, quelques semaines. Vous m’offrez vos rêves d’enfant, vos mots velours et vos caresses gourmandes. Vous me dites que c’est beau, que je suis jolie, que ma peau est douce et que la vie est belle. Vous partagez quelques heures de votre vie, quelques instants magiques, quelques souvenirs, parfois quelques blessures aussi. Puis comme vous êtes entrés, vous sortez. Comme ça, dans un tourbillon. En me disant que c’était beau, que je suis jolie, que ma peau est douce et que la vie est belle.

Et vous continuez votre chemin, sans vous retourner, fiers, forts et heureux de ce cadeau du passé. Et vous me laissez sur le chemin, sans vous retourner, avec dans les mains ce cadeau empoisonné. J’ai mordu dans la pomme et elle était sucrée. Et elle me brûle le cœur, mais je dois supporter.

Alors, vous vous défendez. Vous n’aviez rien promis, vous n’étiez pas prêts. On devait juste profiter, on devait juste jouer. C’était pas pour de vrai, c’était pas des projets. Vous n’aviez rien dit, pas d’espoir, alors, je n’avais pas le droit. Pas le droit d’y croire.

C’était une parenthèse, c’était des guillemets. C’était un secret, chut, ne rien ébruiter. Vous murmurez que c’était beau, que je suis jolie, que ma peau est douce et que la vie est belle. Vous le dites très vite, l’histoire se termine. Mais on le savait, mais je le savais, mais j’avais accepté. Je n’avais pas le droit. Pas le droit de tricher.

Mais rester, c’était rêver. Et rêver, c’était espérer. Et comment penser qu’aujourd’hui ne serait pas demain. Que ce qui faisait nous, d’un coup, ne ferait plus rien. Que ce que je vivais maintenant, mourrait dans un instant. Et qu’un matin, soudain, ce serait la fin.

Et vous êtes partis, comme vous aviez promis. Et vous m’avez quittée sans vous retourner. Vous auriez pourtant vu ces fragments de moi, que vous trainez sans le savoir. Quelques soupirs, quelques sourires, quelques cicatrices aussi. Quelques peurs, quelques espoirs, quelques folies. Et que ce qui reste de moi est en équilibre fragile et difficile. Et que ce qui reste de moi est de plus en plus un peu moins moi.

Oui, si vous vous retourniez, vous verriez que votre cadeau trop lourd menace de tout faire tomber. Que j’avais déjà trop de présents passés à porter. Que chaque pas est un peu plus compliqué, avec tous ces bouts perdus et ces petits cailloux pointus.

Alors, vous les hommes qui voulez juste passer, ne m’offrez plus rien, j’ai été déjà bien gâtée. Passez juste votre chemin, doucement, sans tourbillon. Et j’espère qu’un jour, l’un de vous s’arrêtera vraiment. Se retournera et voudra y croire avec moi. Et criera, criera que c’est beau, que je suis jolie, que ma peau est douce et que la vie est belle. Mais seulement avec moi. Et que je redeviendrai alors toute entière.

3 réflexions sur “Les hommes passés

  1. Un très beau texte! Si j’étais un homme censé et sensible, je tomberais amoureuse de celle qui sait émouvoir avec ses mots… Je te souhaite de tout coeur de rencontrer ton prince…

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